La Seigneurie de Chaumot

Un grand merci à Jim Serre Djouhri pour cette page.

 

Vue du Chateau de Chaumot depuis le Parc

Le Seigneurie de Chaumot


Sous l'Ancien Régime, la grande et belle terre de Chaumot était recouverte de forêts, de
bois, de friches. d'étangs. de marrais, et de champs parsemés de pommiers, de mardelle~ et de mines de fer, gré, marne. et sablons. Elle s'étendait sur les paroi sses de Bussy-l e-Repos, Egri selles-JeBocage, Vernoy, Cornant, Courtoin, etc. Le village s'est développé au sommet de la Montagne, autour de l'église Saint-Ma1tin (puis Saint-Louis) bâtie par Margueritte de Montigny.

La paroisse de Chaumot était découpée avant 1789 en trois seigneuries distinctes : Chaumot, Mardelin et Préau (toutes constituant entre autres la seigneurie de Chaumot).


La seigneurie de Chaumot (sur la paroisse de ce nom), située à 4 petites lieues de Sens,
Diocèse et Grenier à sel de cette ville, dépendant de )'Élection de Nemours, et était régie par la Coutume de Lorris. Elle s'étendait sur les bâtiments du village dits l'église Saint Louis, le presbytère, le château Frileux, l'école, et quelques maisons. Sur le château de ce nom, communs, ferme, colombier-prison, parc, jardins, avenues, et pièces d'eau, vaines pâtures, garennes, champs, friches, et prés du seigneur. Sur les hameaux dits la Bizolière, les Garangers, les Gariers, la Guetterie, les Picards, la Picaudière ou Rabutteaux, et les Tourneboules. Sur les maisons dites le Tournebride , la Serrurerie ou Maréchalerie, la Jardinerie, les Amandes, le Moulin à vent, et les Roues. Sur le monument dit la Croix de le Guetterie. Sur les étangs dits l'étang Vieux, et l'étang Neuf.

La seigneurie de Mardelin, dépendant de celle de Préau et régie par la Coutume de Lorris,
s' édentait sur le château de ce nom, ferme, colombier-prison, parc, jardin, avenues, garenne, et champs du seigneur. Sur les hameaux dits les Garangers, les Gaillards, les Lagneaux, les Rabuteaux, et la Rançonnière. Sur le monument dit la Croix de Saint Roch. Sur les étangs dits des Tourneboulles, des Madeaux, des Taffoureaux, des Garengères, et des Lagneaux.

La seigneurie de Préau, dépendant du duc de Mortemart et régie par la Coutume de Lorris, s'étendait sur le fief de Préau, sur les ruines du château des Salles (démoli au XVe siècle, motte castrale, colombier-prison, jardin, garenne et forêt). Sur les hameaux dits les Orris, la Vallée des Préaux, et les Pichons. Sur les moulins dits Moulins Vieux ou Moulin à Foulon ou Moulin des Forges, et le Moulin Neuf. Sur les étangs dit l'étang de la Vallée de Préau ou de la Fontaine Charpin, et l'étang de la Fontaine Rouge.

Le Château de Chaumot


Au XIIIe siècle, le château de Chaumot est construit, sans doute par Renard Motot. au
pied des vastes vignobles de la Montagne. Au-dessus des falaises qui le surplombent est un
cimetière seigneurial carolingien (les Parencis) dont les sarcophages seront conservés au Musée de Sens. C'est un austère château fort à quatre tours dans le style du château voisin de Piffonds, entouré de fossés secs avec deux ponts-levis. Autour sont les champs de la dîme. En contrebas sont les deux étangs Vieux et Neuf des Célestins de Sens (Fontaine de Bourienne), puis une rivière marécageuse qui serpente à travers les vaines pâtures jusqu'à Préau, où sont les moulins Vieux, des Forges et Neuf, près de la Fontaine Rouge et des ruines du château des Salles. A Tourne-Bride est le moulin à eau de Chaumot, un péage seigneurial et l'auberge du Tournebride où a dormi Jeanne d'Arc (rue Claire Spinucci). Sur les pentes de Bussy sont les champs des fonnes de la Serboisie, de St-Jean et de la Gomette, le vieux fourneau de Chaumot et le château de la Haute-Épine qui laisseront place aux Bois du Parc.


Au XVIIe siècle, il devient grâce à la riche famille Le Boultz un vaste château de
plaisance moderne coiffé d'ardoise de l'ampleur de ceux de Vaux-le-Vicomte (Seine-et-Marne) ou de Tanlay (Yonne). C'est une large façade de style classique à deux étages longue de 72 mètres, tournée vers l'est avec un beau pavillon au milieu et à chaque bout, accompagnée de deux ailes longues de 32 mètres en retour d'équerre terminées par deux tourelles d'angle, formant une vaste cour d'honneur fermée par une grille et à laquelle on arrive par deux ponts bordés de balustrades jetés sur les fossés . Ils le meublent richement, l'ornent de jardins, d'un grand parc à la française, et des dépendances de la Jardinerie et la Serrurerie qui existent toujours (chemin Etienne Damour).


Au début du XVIIIe siècle, le noble homme d'affaire auvergnat Paul Delpech fait bâtir le clocher actuel de l'église Saint-Louis, lui offre la cloche Paul Jeanne , et achète à son tour la terre et le château de Chaumot. Il y vit chaque été avec sa famille, plus de vingt-cinq maîtres et leurs domestiques dans la plus grande représentation. Il y effectue des travaux monumentaux pour le mettre au goût de Versailles, avec plus de cent glaces et des monuments de marbre et de boiseries de toutes espèces. Il y fait construire une vaste écurie avec une façade longue de 80 mètres, une vaste avant-cour en face fermée par un fossé en demi-lune avec un pont et une grande grille dessus (auj. au château de Pennery, Loiret), une ferme longue de 148 mètres avec un grand colombier et une prison dessous (place Renard Motot), et en 1736 un premier lavoir pour remplacer le moulin à eau de Chaumot (chemin Jean Pierre Frézard). Il fait planter d'interminables avenues bordées d'ormes pour relier le château de Chaumot au château de Mardelin et créer de magnifiques perspectives (auj. les rues Xavier de Saxe, Elisabeth Lesecq, Baptitste Séjournant, chemin Etienne Damour, etc.). Il fait aménager une machine hydraulique, des grands aqueducs souterrains et canaux, de vastes étangs et pièces d'eau avec jets d'eau, de plus grands jardins traversés d'allées et terrasses bordées de charmilles, d'ifs taillés, d'arbres fruitiers, de balustrades, d'escaliers, de statues et vases d'ornement. En 1747, il fait creuser dans la falaise les actuelles caves à vin des Vinées (place Renard Motot). Son hôtel particulier Delpech de Chaumot existe toujours à Paris (n°8 place Vendôme).


En 1771, le prince royal Xavier de Saxe et de Pologne, oncle maternel des rois Louis XVI,
Louis XVIII et Charles X, achète le château et tout ce qui en dépend et devient même seigneur de Villeneuve-sur-Yonne. L'acquisition en est négociée par Martange, secrétaire général des Suisses et Grisons, prédécesseur de Dietrich, et c'est là qu'exercent entre 1771 et 1775 les célèbres abbé de Barruel et médecin Saiffert. Le prince l'aménage très fastueusement pour y installer pendant quelques années sa cour composée de plus de 120 personnes et 60 chevaux, son épouse Claire Spinucci, et leurs enfants les princes et princesses Louis, Joseph, Marianne et Elisabeth de Saxe. Il fait bâtir en face de l'écurie une aile neuve avec une façade longue de 85 mètres. Les princesses Béatrix et Cunégonde de Saxe naissent au château et sont baptisées dans sa chapelle en 1772 et 1774. La  Madeleine du peintre de Cazes, contre-retable de son autel, est offerte en 1771 à l'église de Villeneuve par le prince qui offre aussi en 1781 la cloche Claire Louise à l'église de Chaumot.

En 1791, le prince Xavier de Saxe et sa famille quittent leur château de Pont-sur-Seine pour s'exiler à Lauzanne (Suisse) puis Rome (Italie), en laissant Chaumot à Ferré de Charmoy et son capitaine des chasses William de Cuming. En 1792, le château est pris d'assaut par les bandes noires et les villeneuviens venus arracher le plomb des toitures et de la machine hydraulique pour le vendre, malgré les dizaines de gardes nationaux, municipaux et ceux du prince qui le défendent. Il est mis sous sellé et décrété bien national. Les ornements, portes, soupapes des bassins, et grilles sont brisés, plusieurs vols de plombs, ferrailles et tuiles d'ardoises sont commis. et le colombierprison est détruit. Il projeté de le rénover en manufacture, fabrique, ou lieu d' instruction publique. mais il ne résiste pas aux intempéries et se dégrade de jour en jour jusqu'au Concordat.


En 1802, Napoléon Bonaparte restitue le château et la terre de Chaumot au prince Xavier
de Saxe qui décède en son palais de Zabeltitz (Saxe) en 1806. La demeure est temporairement rénovée et décorée et plusieurs familles la louent, avant d'être intégralement démolie et mise en vente en « pièces détachées» par les filles du prince de 1809. En 1818, les immenses ruines sont achetées par le banquier Casimir Perier, puis en 1830 par le baron et scientifique Louis Jacques Thénard qui en déplace les deux tourelles intactes jusqu'au village. Même si les Bois du Parc et ses allées sont conservés, les jardins, cours et terrasses sont labourés puis semés de blé, et les pièces d'eau vidées, excepté l'étang du réservoir inférieur à Tournebride (auj. chemin Jean-Pierre Frézard). Ses ruines ont servit de carrière pour la construction du château de Pennery en 1809 (Loiret), du
nouveau château de Pont-sur-Seine en 1821 (Aube), et à Chaumot de l'actuel lavoir en 1827 (chemin Jean-Pierre Frézard), du manoir (Maison Blanche des Cadets) et de la ferme Thénard en 1831 (rue Louise Thénard), de l'école en 1842, et de plusieurs maisons des environs.

Depuis 1916, le domaine du château incluant ses ruines, ses bois, ses prairies, ses moulins Neuf et Vieux, ses Bois du Parc, la Jardinerie, la Serrurerie et une cave à vin des Vinées, appartient au Syndicat Intercommunal et philanthropique du Legs Thénard qui les administre, les entretient et les protège grâce à la générosité de Louise Thénard, petite-fille du baron. En 1996, le livre Le château de Chaumot au temps de Xavier de Saxe illustre en partie son histoire.

Plan du Parc du Chateau de Chaumot